Je sais pas pour vous, mais de mon côté il y a des choses que j'ai du mal à supporter. Par choses, j'entends comportements. Et par comportements, j'entends comportements de merde.

Travaillant "dans les bureaux" (terme bien global pour dire que tu fais de la merde administrative pour des gens qui touchent 3 fois ta paye), je suis quotidiennement amenée à côtoyer des personnes capables de comportements ou de réactions très variés, mais aussi très surprenants. Pour être honnête, après pourtant deux ans de labeur écoulés dans le monde sauvage du travail, je pense ne pas en avoir encore saisi tous les codes. Peut-être suis-je encore un peu jeune face à des collègues déjà aguerris et endurcis par le temps passé dans cette jungle peuplée d'âmes désabusées. Peut-être aussi ne suis-je tout simplement pas faite pour ce type de métier. A vrai dire, je ne me sens pas toujours à l'aise dans l'hypocrisie ambiante qui règne en maître sur nos bureaux et sème la zizanie entre les 8 surveillants que nous sommes. Parce que c'est bien ça dont il est question aujourd'hui.

Il faut non seulement composer en fonction de l'interlocuteur et de son caractère, et comme si cela ne suffisait pas, il faut aussi s'adapter selon l'humeur de la personne, savoir détecter les jours d'humeur noire des jours de bonne humeur. Et ça c'est une autre paire de manche. Certains de mes collègues sont en effet dotés de caractères bien merdiques qui provoquent chez eux et de manière fréquente des humeurs lunatiques dignes de celles d'une jeune ado la veille de ses premières règles. Quelque chose d'énorme, en somme. Et d'imprévisible. J'avoue ne pas comprendre les gens qui pourrissent librement la journée des autres sous prétexte qu'ils sont énervés depuis le réveil ou que leur vie de couple bat de l'aile, ou les deux. Parfois aussi ça peut être le fils qui tousse un peu. Et puis vous, bien sûr, n'êtes pas en mesure de comprendre ce genre de tracas de la vie, tellement la vôtre est dénuée d'intérêt. (En effet vous n'avez pas d'enfant, juste un chat). Mais quand bien même! Avoir un gosse ne rend pas fatalement lunatique et si facilement détestable. Alors j'en viens juste à penser que les gens sont ce qu'ils sont, à prendre comme ils sont, j'en conviens parfaitement. Seulement parfois la chose est difficile.

Ce raisonnement explique à lui seul une des raisons pour lesquelles certaines personnes ont le don de se rendre détestables et assurément détestées par leurs collègues de travail, voire dans leur vie de tous les jours, mais cela ne nous regarde pas.

De ces humeurs lunatiques découlent, par la force des choses, des commérages et langages de pute à n'en plus finir. C'est à celui qui bavera le plus sur le dos (souvent déjà bien chargé) du voisin. J'avoue prendre moi-même part à cette activité ma foi plutôt folklorique et distractive à mes heures perdues, ou juste lorsque l'un de mes chers collègues se joue ouvertement de moi en me faisant allègrement subir ses sautes d'humeur à répétition. Pour vous donner une image plus juste de mon lieu de travail et de l'atmosphère toute particulière qui y règne, il vous suffit d'allumer votre poste de télévision adoré aux environs de 18h15 chaque jour de la semaine et de le caler sur TF1 ne serait-ce que l'espace d'un quart d'heure, et vous saurez. Entre la diffusion de ragots, de mensonges, de on-dit, l'hypocrisie latente dans toutes les phrases, le commérage intempestif sur la personne venant de quitter la pièce, puis le grand sourire sournois affiché à son retour, entre ce qu'une personne vous laisse entrevoir de sa véritable personnalité et le sucre qu'elle se permettra deux semaines plus tard de vous casser sur le dos, comment est-il possible d'être soi-même foncièrement intègre et loyal face à tant d'éléments déroutants?

Ceci dit je sais pertinemment que l'hypocrisie fait partie de la vie, que nous le sommes tous parfois, certains plus longtemps et souvent que d'autres, certes, mais c'est certainement le comportement que les humains ont le plus en commun. En cela au moins nous sommes tous sur un pied d'égalité. Parfois ce sera par nécessité, parfois par inadvertance, parfois par colère, parfois par vengeance, parfois aussi par simple méchanceté gratuite et non-assumée. Le fait est que moi-aussi, je me laisse aller à ce genre de comportement, mais c'est souvent due à une trop grosse pression sociale. Certes l'excuse est facile, mais est-ce vraiment aisé de dire à une collègue qu'elle est conne, très moche et incompétente, puis ensuite de la supporter une année durant? Je vous pose la question. Selon moi, nous sommes souvent obligés de mettre de l'eau dans nos vins, de taire nos pensées, et surtout d'euphémiser à fond.

Mais tout cela n'est qu'hyprocrisie, masquée par un nuage de barbe à papa.

Malgré tout, ce genre de mensonges-là ne m'atteint que très peu. Je ne me formaliserais pas si vous adoptez ce genre de comportements à mon égard, si toutefois cela est justifié et en admettant que je le remarque. Ce qui me tracasse beaucoup plus, c'est lorsque l'on me fait de grands sourires, lorsque l'on se confie à moi en me demandant conseil, lorsqu'une relation de confiance relative s'installe à certains moments et que, un beau jour, on apprend par un intermédiaire bien informé que la-dite personne vous critique sans retenue lorsque vous êtes en vacances. Aussi, lorsque vous revenez de vacances, l'ex bonne collègue affiche une large banane à votre vue avec néanmoins un air fourbe qu'elle ne parvient pas à dissimuler malgré ses (n'en doutons pas) nombreuses années d'expérience dans le domaine.

De votre côté, vous revoilà désappointé par la race humaine. Vous en êtes à vous dire que les gens ne méritent pas votre attention et votre aide dans les moments ou ils sont, eux, en difficulté.

Cependant, ça, c'est tout moi. Un brin de crédulité, si peu de rancune. Comme dans le loft (vive les références), j'oublie vite les évènements perturbateurs et préfère tourner la page sans régler mes comptes. Parfois je gamberge là-dessus et en viens à la conclusion que ces broutilles de bureau ne valent pas la peine de créer la polémique. Parfois aussi, j'aimerais avoir plus de poigne et de tempérament et laisser sortir ma colère comme elle me vient. Sûrement faut-il, là encore, mettre de l'eau dans son vin pour trouver un compromis satisfaisant.

Aujourd'hui par exemple, je suis dans ces jours où je n'ai pas envie de pardonner ni de faire semblant.

Au début de l'année 2009, je m'étais promis d'essayer de dire les choses comme je les ressens, de m'affirmer un peu plus, d'assumer mes positions et de les défendre un peu plus souvent, avec la famille, les amis, mais aussi au travail, sans pour autant devenir une morue de service se mettant tout le monde à dos.

Pour le coup je ne sais pas quel comportement adopter. Dois-je attendre que la-dite personne vienne à moi ou me demande un service pour l'accueillir comme il se doit, ou dois-je tout simplement laisser couler sans pour autant oublier? (La solution "je vais lui en parler directement" me parait exagérée).(Quoi que).

De toutes les façons, j'en tire une bonne leçon qui pourrait se résumer comme suit:

L'administration est un nid à vipères où les cerveaux se ramollissent à mesure que les langues fourchues s'activent.